Méthode écologique d’élevage de reines

Les méthodes d'élevage de reines proposées dans la littérature apicole sont très nombreuses. N'a-t-on pas déjà exploré toutes les possibilités, toutes les variantes possibles ? Dans mon ouvrage « Méthode écologique d’élevage de reines », je décris une toute nouvelle approche de la vie sociale de l'abeille. Les problèmes actuels de l'apiculture ne sont pas seulement dus à la dégradation de l'environnement, mais aussi aux méthodes modernes de conduite des ruches, qui ne tiennent pas réellement compte de la biologie collective de la colonie d’abeilles.

On ne peut comprendre le pourquoi de cette méthode qu’en étudiant attentivement les premiers chapitres. Ce petit ouvrage étudie des aspects inédits de la vie sociale de l’abeille. A la vie de l’abeille individuelle se superpose la vie collective de l’essaim. L’ensemble de la colonie se comporte comme s’il était un être vivant unique et individuel.

L’abeille individuelle et la collectivité de l’essaim

Dans ma « Méthode écologique d’élevage de reines », j’ai comparé dans un premier temps, l’abeille, insecte social, aux animaux dits solitaires qui n’ont pas une vie sociale comparable à celle de l’abeille. Puis ensuite j’ai mis en parallèle la biologie de l’abeille considérée individuellement avec celle de la collectivité de l’essaim.

Structures sociales chez les animaux

Chez les animaux dits solitaires, les individus sont tous mâles ou femelles, ils sont tous aptes à la reproduction. Les animaux vivent parfois en famille, troupeaux, etc …. Dans ce cas il y a la mère, ses petits, 1e père aussi s’occupe parfois de sa progéniture. Les petits sont également sexués, et seront un jour aptes à se reproduire lorsque, arrivés à l'âge adulte, ils quitteront chacun de leur côté la cellule familiale, et sauront accomplir tous les actes nécessaires à la survie de l'espèce. La ruche n'est assurément pas une « famille », car les ouvrières ne sont pas des individus sexués aptes à la reproduction.

La ruche n’est ni une famille, ni un troupeau

Il n’y a pas d’individus dominants ou dominés, pas de hiérarchie sociale, ni rivalité, ni combats. Les ouvri­ères sont privées de vie sexuelle, et acceptent d’emblée leur rang, pour se mettre avec abnégation au service de la communauté. La reine, même si elle est unique, et si elle a un rôle essentiel, n’est pas le chef de la colonie. Dans la ruche il n’y a que des relations de collaboration, d’interdépendance.

L’abeille considérée individuellement ressemble par son anatomie à tout autre insecte solitaire. A première vue, il n’est pas évident de distinguer notre abeille mellifère, d’une abeille solitaire. A la vie de l’abeille considérée isolément se superpose la vie sociale et collective de l’essaim qui a ses propres lois. L’essaim d’abeilles est un organisme collectif.

Cette notion d’organisme collectif permet de mieux comprendre la vie de l'abeille. Il y a dans la ruche différents groupes d’abeilles dont chacun est spécialisé pour assumer une fonction particulière. Chaque groupe se comporte comme un organe de l’organisme collectif de la ruche.

Les sept processus vitaux

Dans mon ouvrage j’ai étudié la colonie d’abeilles en tant qu’organisme collectif. Cela n’a cependant jamais été étudié avec méthode au-delà de quelques vagues idées générales.

Selon R. Steiner, un être vivant, quel qu'il soit, plante ou animal, se distingue du monde minéral inanimé par 7 fonctions vitales fondamentales qui sont : la respiration, la relation à la chaleur, la nutrition, la sécrétion, le maintien des forces vitales, la croissance, et la reproduction.

Dans mon ouvrage « Méthode écologique d’élevage de reines » j’ai essayé de vérifier si ces 7 fonctions vitales essentielles qui existent bien au niveau de l’insecte - abeille, existent aussi concrètement au niveau de la collectivité de la ruche.

La reproduction de l’abeille

Les générations d'abeilles se succèdent dans la ruche. L'évolution de l'abeille, de l'œuf à l'insecte adulte, est comparable en tous points à celle d'un insecte solitaire. Mais l'organisme social de la ruche se reproduit lui aussi par l'essaimage, qui est la naissance d’une nouvelle colonie. Il y a donc une double reproduction : celle de l’abeille individuelle et celle de la co­lonie.

Mais en fait, c’est encore plus complexe que cela. La reproduction chez l’abeille a même un aspect triple. Il y a la reproduction des ouvrières, celle des individus sexués, et celle de la colonie.

La sexualité collective : Chez l’abeille la fonction sexuelle reproductrice est répartie entre différents individus et devient un phénomène collectif. L’ouvrière participe aussi à l’activité sexuelle reproductrice. La reine n’est elle-même pas une femelle pleinement développée puisqu’elle n’est pas apte à nourrir et soigner sa descendance, elle n’est en fait qu’un ovaire.

Les 7 processus de vie : concernent aussi bien les plantes que les animaux. Il y a une évolution progressive de la plante à l’animal dans le sens d’une autonomie de plus en plus importante par rapport à l’environnement.

Ce qui distingue la plante de l’animal, c’est notamment le mouvement. Les animaux sont plus évolués que les plantes. La mobilité des animaux leur permet d’assumer activement leurs besoins vitaux. Ils ne sont pas passivement dépendants de leur environnement comme les plantes. De même l’abeille en tant que colonie est plus évoluée que les insectes solitaires, car elle est davantage émancipée de son environnement. L’abeille anticipe dans sa biologie des caractéristiques qui sont celles d’animaux beaucoup plus « évolués ».

Quelles conséquences sur la pratique apicole ?

Rudolf Steiner et Ferdinand Gerstung ont été des précurseurs dans l’étude de l’essaim d’abeilles. Selon Steiner on peut soit laisser agir la nature en se limitant à faciliter les choses, soit faire des interventions artificielles. Dans un premier temps l’élevage artificiel aurait des effets très positifs, mais il ajouta : qu’en sera-t-il dans 50 ou 80 ans ? A la longue la cohésion entre les abeilles d’une colonie serait entamée. Selon lui, dans l’élevage artificiel, certaines énergies qui agissaient jusqu’alors organiquement, seraient mécanisées. En introduisant un élément mécanique, artificiel, on perturbe ce que la nature a si admirablement élaboré. Entre une reine achetée et les abeilles d’une colonie, il n’y a pas la même affinité profonde que lorsque la reine est celle que la nature a donnée.

Lorsqu’il est question d’élevage artificiel, il s’agit évidemment de l’élevage des reines, tel qu’il est pratiqué et enseigné actuellement. Cet élevage artificiel a été rendu possible par l’invention du cadre mobile qui permet d’accéder à l’intérieur du nid sans avoir à le détruire. Cela n’était pas possible à l’époque des bâtisses naturelles. Alors que dans la nature, les abeilles élèvent des reines lorsqu’elles veulent essaimer, dans l’élevage artificiel, c’est l’apiculteur qui décide de faire élever des reines par une colonie.

Cette pratique est rendue possible parce que les abeilles élèvent des reines dès que leur reine a disparu. Comme les abeilles élèvent alors une série de reines, l’apiculteur, en supprimant la reine d’une colonie, peut ainsi obtenir plusieurs reines. Il veut alors « utiliser » ces reines pour remplacer dans ses colonies les vieilles reines par les jeunes reines qu’il a ainsi obtenues. Il introduit chacune d’elles dans un petit essaim artificiel, dans une ruchette de fécondation. Il introduit ces jeunes reines dans une colonie d’abeilles dont la reine est à remplacer une fois qu’elles ont été fécondées, et qu’elles ont prouvé leur aptitude à pondre. Ainsi, dans l’élevage artificiel, les reines obtenues sont introduites par l’apiculteur à plusieurs reprises dans une autre colonie.

Ces techniques apicoles modifient complètement la vie de l’abeille. Les étapes du cycle annuel normal de la vie de l’abeille sont remplacées par des modifications, des interventions qui empêchent la colonie d’abeille de régler par elle-même les étapes de sa biologie collective. Cela ne peut pas rester sans conséquences. Etant soumises continuellement à une « artificialisation » de leur biologie collective, elles deviennent dépendantes de ces pratiques, et perdent peu à peu la faculté de conduire leur vie par elles-mêmes. On constate ainsi de plus en plus que les abeilles ne sont plus en mesure de « remérer » la colonie par elles-mêmes, c’est à dire de décider d’élever une reine de remplacement lorsque leur reine est vieillie.

R. Steiner disait déjà qu’entre une reine achetée et les abeilles d’une colonie, il n’y aura pas la même affinité profonde que lorsque la reine est celle que la nature a donnée. On peut se poser des questions lorsqu’on voit la fragilisation actuelle des colonies, et leur disparition inexpliquée.

Dans ma « Méthode écologique d’élevage de reines », j’ai décrit cette « mécanisation » de la vie de l’abeille. J’ai expliqué que l’apiculture a oublié l’organisme collectif de la ruche. Les pratiques apicoles modernes ne considèrent que l’abeille individuelle, mais méconnaissent les lois spécifiques du super-organisme de la ruche.

Pour l'apiculteur moderne c'est l'abeille considérée isolément qui est devenue l'unité biologique. Alors que la nature reproduit des essaims, l’élevage artificiel reproduit des reines. D’un côté on cherche à améliorer le patrimoine génétique de l’abeille, mais de l’autre on la maltraite en permanence au niveau de sa vie collective. Il s’agit donc de trouver des méthodes apicoles qui respectent la biologie collective de l’essaim. Mon ouvrage « Méthode écologique d’élevage de reines » apporte des réponses au niveau de l’élevage de reines. Il s’agit d’obtenir des reines en respectant la biologie collective de la colonie d’abeilles.

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