La forme idéale de la ruche

Ce texte peut être vu comme une introduction à l’ouvrage en préparation sur la ruche Warré. Cet ouvrage contiendra aussi de nombreuses remarques, explications, et observations inédites concernant l’apiculture écologique.

La ruche Warré est présentée comme LA ruche écologique par excellence. Les ruches à cadres seraient responsables de la dégénérescence de l’abeille. Seule la ruche Warré (et quelques autres modèles de ruches dites écologiques), respecterait la biologie de l’abeille. Les publications concernant cette ruche décrivent le comportement des abeilles, notamment en hiver, et expliquent qu’une colonie ne peut hiverner correctement que dans une ruche verticale. Toute la vie et le développement de la colonie n’est vu que sous l’angle d’une dynamique verticale. Nous verrons ci-dessous que toutes ces explications ne sont qu’une vue de l’esprit, et que la nature nous montre bien autre chose.

On considère le plus souvent que l’abeille construit son nid de préférence dans un sens vertical. Dans la nature, l’essaim d’abeilles préférerait se loger dans l’espace vertical d’un tronc d’arbre creux. Dans cette cavité, dont on pense qu’elle est forcément ronde, les abeilles fixent leurs rayons de cire au sommet de la cavité, et les rallongent progressivement vers le bas, à mesure que la colonie devient plus populeuse. Une ruche verticale serait donc plus conforme à la biologie de l’abeille qu’une ruche horizontale.

L’abbé Warré, ainsi que d’autres auteurs « écologiques » ont cependant tendance à ignorer que l’abeille est tout autant capable de construire son nid dans un sens horizontal. Dans une ruche horizontale, les abeilles bâtissent leurs rayons les uns à la suite des autres, et ajoutent de nouveaux rayons à mesure que la colonie prospère et s’agrandit.

En réalité l’abeille s’adapte à toutes les formes de cavités. Elle a un comportement tout à fait particulier lorsqu’elle construit son nid, et qui n’a jamais été mentionné dans la littérature apicole. En effet, elle est capable de construire un nid d’alvéoles complexe et rationnel, mais elle est tout à fait incapable de construire un abri autour de ce nid.

Cette constatation est tout à fait importante, car elle nous mène à reconsidérer un certain nombre d’idées préconçues et inexactes qui nous ont été inculquées sur la question. Il y a en effet chez l’abeille une contradiction étonnante entre l’aptitude à construire l’intérieur d’un nid complexe, et l’incapacité à construire une protection autour de ce nid. C’est comme si nous, humains, n’étions en mesure d’aménager nos logements uniquement dans des cavités naturelles.

Cela signifie de toute évidence que l’abeille est habituée à s’accommoder d’un abri tel qu’elle le trouve dans la nature, et celle-ci n’a nullement prévu de présenter à l’abeille des cavités d’une forme idéale, notamment des cavités rondes.

Il est intéressant de remarquer que les Guêpes et les Frelons qui construisent aussi des alvéoles hexagonales sont capables d’édifier une enveloppe protectrice autour de leur nid. Même les Bourdons entourent leur nid rudimentaire d’une protection faite d’herbes entrelacées. Les Guêpes et Frelons ne récoltent pas de miel, et leurs colonies ne passent pas l’hiver. Ils périssent dès les premiers froids, seules les femelles fondatrices survivent. Ne contenant pas de lourdes réserves de miel ou autres, les nids sont beaucoup plus légers, et une enveloppe en papier est assez solide.

Le nid de l’Abeille, du fait de l’importance des réserves de miel et de pollen, va peser plusieurs dizaines de kilos. L’Abeille n’a jamais appris à devenir maçonne ou charpentière. Il est vrai qu’un essaim est capable d'accrocher ses rayons à l'air libre s’il n’a pas trouvé un abri convenable. Les rayons sont donc relativement solides, mais le vent aurait tôt fait de les casser. La construction dans une cavité est donc nécessaire pour protéger le nid. Une colonie qui a construit ses rayons à l'air libre est condamnée à périr dès les premiers froids. L’abeille est en mesure de s’accommoder de n’importe quelle forme de cavité pour être protégée du froid, du vent, ainsi que de l’humidité et de la pluie. Elle est par nature extrêmement robuste, et capable de résister aux hivers les plus rigoureux si elle est bien abritée.

L’abeille peut donc se loger dans une cavité naturelle correspondant à peu près à ses besoins. De ce fait, elle est capable d’agrandir son nid aussi bien horizontalement que verticalement. Il est évident qu’elle va trouver dans la nature des cavités de toutes formes, pas nécessairement toujours des troncs d’arbre creux, et qui ne sont pas toujours verticales. Il semblerait que c’est le volume, plutôt que la forme, qui lui importe, et qui guide son choix. Il faut que le volume de la cavité qu’elle va trouver soit adapté à la taille de la grappe. L’abeille est capable d’hiverner aussi bien dans un espace horizontal que vertical.

La grappe d’abeilles tend à prendre une forme sphérique, surtout en hiver. Il est vrai que la déperdition calorique est alors minimale. Le tronc d’arbre creux semble à première vue convenir idéalement à la nidification de l’abeille.

Mais ce n’est pas parce que les troncs d’arbre sont ronds que les cavités à l’intérieur des troncs d’arbres creux sont rondes également. Il a beaucoup été écrit et fantasmé sur la forme ronde de la cavité à l’intérieur d’un tronc d’arbre qui serait idéale pour l’abeille. Mais il semblerait que personne ne soit allé vérifier comment se présentent ces cavités qui sont en réalité très irrégulières.

Lorsque certains auteurs parlent de la forme idéale de la ruche, ou bien expliquent qu’elle doit être d’une conception parfaite, ou qu’elle doit être ronde, on ne peut que rester très sceptique. Toutes ces théories ne correspondent pas à la réalité de la vie de l’abeille. Elle n’a nullement besoin de ruches idéales ou parfaites. Dès lors, prétendre que l’abeille ne peut prospérer, qu’elle va dégénérer ou tomber malade parce que la ruche n’a pas la forme idéale, n’a aucun sens. Les ruches conventionnelles qui ont fait leurs preuves à long terme sont toutes adaptées à l’abeille. Elles ont certes toutes des défauts, mais jusqu’à présent il n’existe pas de ruche parfaite à 100%. La ruche Warré n’est de loin pas la ruche parfaite non plus.

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